C'est la peur qui revient chaque année chez l'intermittent : arriver à la date anniversaire sans avoir réuni les 507 heures. Beaucoup pensent qu'à ce moment-là, tout s'arrête d'un coup. C'est faux.
Le régime prévoit un véritable filet de sécurité, construit en plusieurs étages : la clause de rattrapage, puis l'allocation de professionnalisation et de solidarité (APS), puis l'allocation de fin de droits (AFD). Chacun a ses conditions, ses montants, sa durée. Et surtout, chacun a des délais courts qui, s'ils sont dépassés, peuvent vous faire perdre non pas un mais tous les dispositifs à la fois.
Dans cet article, on vous explique dans quel ordre France Travail regarde vos droits, ce que rapporte chaque étage du filet, et les pièges à éviter pour ne rien laisser sur la table.
Sommaire de l'article
01Un droit qui se rejoue chaque année
Commençons par le socle, parce que le filet de sécurité n'a de sens qu'à partir de là. Quand vous êtes intermittent du spectacle, votre allocation de retour à l'emploi (ARE) n'est jamais accordée « pour toujours ». Elle est attribuée jusqu'à une date précise, la date anniversaire, qui marque la fin de votre indemnisation1.
À cette date, tout est remis à plat. France Travail réexamine votre dossier et se pose une seule grande question : avez-vous de nouveau réuni 507 heures de travail au cours des douze mois précédant la fin de votre dernier contrat5 ? Ces 507 heures sont le seuil qui ouvre un nouveau droit ARE au titre des annexes 8 (ouvriers et techniciens) ou 10 (artistes)1.
Deux issues :
- Vous avez vos 507 heures. Un nouveau droit s'ouvre, votre allocation est recalculée, une nouvelle date anniversaire est fixée douze mois plus loin. Le filet ne sert pas.
- Vous ne les avez pas. Le droit ARE « spectacle » ne peut pas se rouvrir en l'état. C'est là que le filet entre en jeu.
Beaucoup d'intermittents vivent ce second scénario comme un couperet. Ce n'est pas le cas. Le régime a été pensé pour amortir les années creuses : on ne vous laisse pas tomber dans le vide dès la première heure manquante. Mais — et c'est tout l'objet de cet article — rien ne se déclenche automatiquement à votre place. Chaque étage du filet suppose une condition à remplir et, souvent, une démarche à faire dans un délai serré.
Ne pas atteindre les 507 heures à la date anniversaire n'est pas une fin de droits sèche. C'est l'entrée dans un dispositif à plusieurs niveaux. Encore faut-il en connaître les règles pour ne pas passer à côté.
Un mot d'avertissement, aussi : la réglementation de l'assurance chômage du spectacle évolue régulièrement, au gré des conventions. Les chiffres de cet article valent à sa date de publication ; vérifiez toujours votre situation précise avec un conseiller France Travail spécialisé spectacle.
02L'escalier de sécurité : la logique d'ensemble
Avant d'entrer dans le détail, il faut comprendre la mécanique globale. Quand vous n'avez pas vos 507 heures, France Travail ne pioche pas au hasard dans une liste d'aides. Il descend un escalier, marche après marche, dans un ordre imposé. Il ne passe à la marche suivante que si la précédente est fermée pour vous.
Cet escalier compte trois grandes marches :
- La clause de rattrapage (ARE de rattrapage) : on vous laisse jusqu'à 6 mois de plus pour compléter vos heures, en continuant à toucher votre allocation.
- L'APS (allocation de professionnalisation et de solidarité) : une allocation qui reprend le calcul de votre ARE, financée par l'État, jusqu'à 12 mois.
- L'AFD (allocation de fin de droits) : un forfait de dernier recours, versé pour une durée limitée.
L'APS et l'AFD ne relèvent pas de l'assurance chômage classique. Elles font partie du Fonds de professionnalisation et de solidarité des artistes et techniciens du spectacle, financé par l'État et prévu par le code du travail2. Leurs conditions ont été adaptées par le décret n° 2017-1023 du 10 mai 2017, dont les règles s'appliquent aux dossiers examinés à compter du 1er décembre 20172.
Un point capital, qu'on développera plus loin : ces trois marches ne sont pas indépendantes. Si vous êtes éligible à la clause de rattrapage mais que vous ne la demandez pas dans les temps, vous ne perdez pas seulement la clause — vous perdez aussi l'accès à l'APS et à l'AFD1. L'escalier se referme d'un bloc. D'où l'importance de ne jamais laisser un courrier de notification sans réponse.
Trois marches, dans l'ordre : clause de rattrapage → APS → AFD. France Travail les examine successivement. Une demande oubliée en haut de l'escalier peut vous fermer toutes les marches d'en dessous.

03Premier étage : la clause de rattrapage
C'est le meilleur des trois dispositifs, et souvent le moins bien connu. La clause de rattrapage vous fait bénéficier, au lendemain de votre date anniversaire, d'une période d'indemnisation maximale de 6 mois pendant laquelle vous percevez une « ARE de rattrapage » égale au montant de votre dernière allocation journalière1. En clair : vous gardez la même allocation qu'avant, pendant six mois, pour vous laisser le temps de compléter les heures manquantes.
Si, pendant ces 6 mois, vous décrochez les contrats qui vous manquaient et atteignez 507 heures, France Travail vous réadmet à l'ARE et régularise votre droit de façon rétroactive1. Vous repartez pour un tour complet, comme si la coupure n'avait pas eu lieu.
Deux conditions cumulatives
La clause n'est ouverte qu'à ceux qui ont déjà un vrai passé dans le régime. Il faut réunir les deux conditions suivantes1 :
- 5 ans d'ancienneté dans les 10 ans précédant la fin de contrat : soit 5 ouvertures de droits à l'ARE au titre des annexes 8 ou 10, soit 2 535 heures (5 × 507 h) d'affiliation1 ;
- 338 heures de travail au titre des annexes 8 et 10 dans les 12 mois précédant votre date anniversaire1.
Concrètement, la clause s'adresse à quelqu'un qui a « presque » ses heures : le rejet ARE pour affiliation insuffisante se situe entre 338 et 506 heures1. Sous 338 heures, la clause n'est pas accessible. Bon à savoir : les périodes de formation non rémunérées par l'assurance chômage sont retenues dans la limite des deux tiers de cette condition, soit 226 heures1.
Une décision irrévocable
Attention à ne pas confondre « pratique » et « anodin ». Si vous demandez la clause et que France Travail vous notifie l'ARE de rattrapage, cette demande est irrévocable : vous ne pouvez pas revenir en arrière1. Une petite franchise s'applique aussi : deux jours non indemnisables par mois civil au titre des congés payés, et deux au titre des salaires1.
La clause de rattrapage existe pour tous ceux qui, depuis le 1er août 2016, ont épuisé un droit ARE ouvert au titre des annexes 8 ou 101.
« Il s'agit de bénéficier, au lendemain de votre date anniversaire, d'une période d'indemnisation maximale de 6 mois pendant laquelle vous percevez l'ARE de rattrapage égale au montant de votre dernière allocation journalière. »Source : France Travail
04Deuxième étage : l'APS
Si la clause de rattrapage n'est pas accessible — parce que vous n'avez pas les 5 ans d'ancienneté, ou que la clause s'est achevée sans que vous ayez complété vos heures — France Travail examine l'allocation de professionnalisation et de solidarité (APS).
L'APS s'adresse aux artistes et techniciens involontairement privés d'emploi qui ont épuisé un droit spectacle précédent (annexes 8 ou 10) et ne peuvent prétendre à une réadmission à l'ARE3. Le cadre est fixé par les articles D.5424-51 et suivants du code du travail5.
L'APS n'intervient pas qu'en bout de course. Elle peut être attribuée dans plusieurs situations : à la fin d'un droit ARE spectacle (à la date anniversaire), à la fin d'un droit ARE de rattrapage ou d'un droit APS, au cours d'un droit AFD, ou encore postérieurement à une fin de droits spectacle sur simple demande2. Autrement dit, même si vous avez basculé sur l'AFD, une nouvelle APS peut reprendre la main dès que ses conditions sont réunies.
La condition d'heures
Comme pour l'ARE, il faut justifier de 507 heures au titre des annexes 8 et 103. La bonne nouvelle, c'est que le décompte est un peu plus généreux :
- les heures sont recherchées sur les 12 mois précédant la fin de votre dernier contrat — ou sur 18 mois si l'APS suit une fin d'ARE de rattrapage2 ;
- l'assimilation des heures d'enseignement est élargie jusqu'à 120 heures2 ;
- les congés maladie de 3 mois et plus, hors contrat, sont retenus à raison de 5 heures par jour2.
Montant, durée et versement
Le montant journalier de l'APS est calculé selon les mêmes règles que l'ARE spectacle, à partir de vos salaires et de vos heures de la période2. Ce n'est donc pas un forfait au rabais : si votre activité récente était correcte, votre APS s'en approche.
Elle est attribuée pour une période fixe (« préfixe ») de 12 mois maximum — ramenée à 6 mois si elle suit une fin d'ARE de rattrapage2. Autre avantage par rapport à l'ARE : ni différé d'indemnisation ni délai d'attente ne s'appliquent, même si des franchises congés et salaires sont calculées2. Aucun précompte retraite n'est prélevé sur l'allocation2.
Pendant l'APS, vos droits sont systématiquement réexaminés à l'ARE si vous retravaillez : dès qu'une ouverture de droits ARE est possible, elle annule le reliquat d'APS et prend le relais2. Comme pour toute allocation, vous devez vous actualiser chaque mois et justifier vos activités3.
« Le principe : L'APS est attribuée pour une période d'indemnisation préfixe de 12 mois maximum. L'exception : lorsque l'APS est attribuée suite à une fin d'ARE de rattrapage, la période d'indemnisation préfixe est de 6 mois maximum. »Source : France Travail
05Troisième étage : l'AFD
Dernière marche de l'escalier : l'allocation de fin de droits (AFD). Elle intervient quand vous ne pouvez prétendre ni à une réadmission ARE, ni à la clause de rattrapage, ni à l'APS, ni à l'allocation de solidarité spécifique (ASS)2. C'est le filet du filet.
Un montant forfaitaire
Contrairement à l'APS, l'AFD n'est pas calculée sur vos salaires. C'est un forfait de 30 euros nets par jour, sur lequel aucune cotisation sociale n'est retenue2. Le code du travail le pose noir sur blanc7. Comme pour l'APS, il faut justifier de 507 heures au titre des annexes 8 et 10, recherchées sur les 12 mois précédant la fin de votre dernier contrat2.
Une durée fonction de l'ancienneté
La durée de versement dépend de votre ancienneté dans les régimes d'indemnisation propres aux intermittents2 :
| Ancienneté dans le régime | Durée max de l'AFD | Nombre d'ouvertures possibles |
|---|---|---|
| Moins de 5 ans | 61 jours | 1 fois |
| Au moins 5 ans | 92 jours | 2 fois |
| 10 ans et plus | 182 jours | 3 fois |
Le nombre d'ouvertures de droit à l'AFD est donc limité : une seule fois en dessous de 5 ans d'ancienneté, deux fois à partir de 5 ans, trois fois à partir de 10 ans2. Et entre deux AFD, il faut toujours avoir été pris en charge à l'ARE2. Ces durées et ces plafonds figurent aux articles D.5424-58 et suivants du code du travail6.
Versement et bascule
Comme pour l'APS, il n'y a ni différé ni délai d'attente, mais les franchises congés et salaires décalent le début de votre indemnisation2. Pendant l'AFD, vos droits sont réexaminés à chaque activité : une ouverture de droits à l'ARE ou à l'APS annule le reliquat d'AFD et prend le relais2. Le forfait de 30 € est donc bien un dernier recours, pas une destination.
« Le montant journalier de l'allocation de fin de droits est fixé à 30 euros. »Source : Légifrance
06L'ordre d'examen, résumé en un tableau
Vous avez maintenant les trois marches en tête. Voici la vue d'ensemble, telle que France Travail l'applique concrètement, du plus favorable au dernier recours. À chaque étape, on ne descend que si l'étape précédente est fermée2.
| Dispositif | Condition principale | Durée max | Montant |
|---|---|---|---|
| Réadmission ARE | 507 h sur 12 mois | 12 mois (renouvelable) | Calculé sur vos salaires |
| Clause de rattrapage | 5 ans d'ancienneté + 338 h sur 12 mois | 6 mois | = dernière allocation journalière |
| APS | Droit spectacle épuisé + 507 h sur 12 mois (18 si après rattrapage) | 12 mois (6 si après rattrapage) | Calculé comme l'ARE spectacle |
| AFD | Droit épuisé + 507 h, sans accès aux dispositifs ci-dessus | 61 à 182 jours selon ancienneté | 30 € nets / jour (forfait) |
Trois remarques pour bien lire ce tableau :
- La clause de rattrapage se distingue par sa condition d'heures plus basse (338 h au lieu de 507), mais elle exige en contrepartie 5 ans d'ancienneté1. C'est le dispositif des profils installés qui traversent une mauvaise année.
- L'APS reste la plus intéressante des allocations de solidarité, car son montant reprend le calcul de l'ARE3. L'AFD, à 30 € par jour, est vraiment le dernier filet2.
- Il existe encore, au bout de la chaîne, l'ASS (allocation de solidarité spécifique), examinée avant l'AFD lorsque ses conditions de ressources sont réunies2.
Vous n'avez pas à choisir vous-même votre dispositif : France Travail applique l'ordre automatiquement, du plus favorable au moins favorable. Votre rôle, c'est de répondre aux notifications dans les délais pour ne fermer aucune porte.

07Le piège à ne surtout pas rater : le délai de 30 jours
C'est le point le plus important de tout l'article, celui qui fait perdre des droits chaque année à des intermittents qui pourtant y avaient droit.
Quand, à votre date anniversaire, vous recevez une notification de rejet ARE pour affiliation insuffisante comprise entre 338 et 506 heures, ce courrier vous informe que votre nombre d'heures pourrait vous ouvrir la clause de rattrapage, sous réserve de l'ancienneté1. Vous devez alors en faire la demande, par courrier ou courriel, dans un délai de 30 jours à compter de l'envoi de cette notification1.
Et voici le piège. Si vous êtes éligible à la clause et que vous ne la demandez pas, ou que vous la demandez hors délai, ce n'est pas seulement la clause que vous perdez. Vous renoncez aussi aux allocations de solidarité qui viennent après1.
Autrement dit : un courrier laissé de côté, une réponse envoyée le 32e jour, et c'est tout l'escalier qui se referme d'un coup. Ni clause, ni APS, ni AFD. Pour un dossier où il ne manquait parfois qu'une poignée d'heures.
Le bon réflexe
Dès que vous recevez une notification de rejet à votre date anniversaire :
- Repérez le nombre d'heures retenu. S'il est entre 338 et 506, la clause est probablement dans le viseur.
- Ne jetez rien, ne temporisez pas. Répondez dans les 30 jours, par écrit, même si vous hésitez encore sur votre stratégie.
- En cas de doute, appelez un conseiller France Travail spécialisé spectacle avant la fin du délai, pas après.
Si vous n'êtes pas éligible à la clause (ancienneté insuffisante, par exemple), pas de panique : France Travail étudie alors directement vos droits à l'APS puis à l'AFD1. Le délai de 30 jours ne vous piège que si vous étiez éligible à la clause et que vous ne l'avez pas demandée.
Une notification de rejet ARE n'est jamais un point final. C'est un compte à rebours de 30 jours. Répondez toujours par écrit dans ce délai : c'est ce qui garde ouvertes toutes les portes du filet de sécurité.
« Si vous êtes éligible à la clause, le défaut de demande ou une demande hors délai valent renoncement au bénéfice de la clause de rattrapage mais aussi aux allocations spécifiques de solidarité (APS et AFD). »Source : France Travail
08Un cas concret, chiffré
Rien ne vaut un exemple pour voir l'escalier fonctionner. Prenons un parcours directement inspiré des cas du guide France Travail1.
Karim, technicien lumière (annexe 8)
Karim travaille dans le spectacle vivant depuis huit ans. Il a ouvert des droits ARE spectacle plusieurs années d'affilée. Sa date anniversaire tombe le 30 décembre 2026. Mais cette année-là, entre annulations de tournées et intermittence de l'activité, il n'a réuni que 456 heures sur ses 12 derniers mois.
Étape 1 — Le rejet et la clause
À sa date anniversaire, France Travail lui notifie un rejet ARE pour affiliation insuffisante (456 h), en précisant qu'il remplit la condition des 338 heures pour la clause de rattrapage, sous réserve de justifier des 5 ans d'ancienneté1. Avec huit ans de métier et cinq ouvertures de droits derrière lui, Karim coche la case. Il envoie sa demande par courriel dans les 30 jours.
Résultat : il obtient une ARE de rattrapage de 6 mois, au même montant journalier qu'avant1. Il continue à toucher son allocation habituelle tout en cherchant des contrats.
Étape 2 — Deux scénarios de sortie
- Il complète ses heures. Trois mois plus tard, Karim décroche une série de dates qui lui apportent les heures manquantes. Il dépasse 507 heures : France Travail le réadmet à l'ARE et régularise rétroactivement son droit à la date anniversaire1. Le filet a fait exactement son travail.
- Les 6 mois passent sans les heures. À l'issue de la clause, France Travail examine l'APS. S'il justifie de 507 heures sur les 18 mois précédant le terme du rattrapage, il ouvre une APS pour 6 mois, calculée comme son ARE2.
Étape 3 — Le dernier filet
Imaginons le pire : ni réadmission, ni clause complétée, ni 507 heures pour l'APS. France Travail examine alors l'AFD. Avec 8 ans d'ancienneté (donc « au moins 5 ans »), Karim peut toucher le forfait de 30 € nets par jour pendant 92 jours maximum7. Ce n'est pas confortable, mais ce n'est pas rien : cela lui laisse le temps de rebondir, et le moindre nouveau contrat déclenchera un réexamen vers l'ARE ou l'APS2.
La morale du parcours de Karim : chaque décision (répondre à la notification, envoyer sa demande dans les 30 jours, continuer à déclarer ses activités) a un effet direct et chiffré sur ce qu'il touche. Le filet existe, mais il ne se tend que si l'on tire les bonnes ficelles au bon moment.
09Au-delà des allocations : le fonds de solidarité et Audiens
L'APS et l'AFD ne sortent pas de nulle part. Elles font partie du Fonds de professionnalisation et de solidarité des artistes et techniciens du spectacle, dont la mission est de « sécuriser le parcours professionnel des artistes et techniciens du spectacle fragilisés »4. Ce fonds est financé par l'État et sa gestion a été confiée au groupe Audiens4.
Or Audiens ne se limite pas à verser des allocations. Le fonds propose aussi un accompagnement humain aux professionnels qui traversent une difficulté4 :
- un entretien professionnel de diagnostic et d'orientation ;
- des conseils pour construire ou valider un projet ;
- des aides financières personnalisées (mobilité, logement provisoire, frais de formation, soins liés au retour à l'emploi, soutien social ou psychologique)4.
Pour en bénéficier, il faut avoir bénéficié pendant 5 ans (consécutifs ou non) du régime spécifique d'indemnisation des intermittents, et disposer d'un projet professionnel identifié4. Si vous entrez dans le filet de sécurité, le réflexe utile est donc double : répondre aux notifications de France Travail et contacter Audiens pour un accompagnement.
Une confusion à éviter
Un mot pour lever une ambiguïté fréquente. Depuis quelques années, l'assurance chômage de droit commun prévoit un « complément de fin de droits » (CFD) pour certains allocataires en fin d'indemnisation. Ce dispositif ne concerne pas les intermittents : les intermittents du spectacle « ne peuvent bénéficier du complément de fin de droits »8. Pour vous, le filet de fin de droits, c'est l'AFD spectacle décrite plus haut, pas le CFD du régime général. Ne cherchez pas le mauvais formulaire.
10Se former : consolider son filet plutôt que de le subir
Terminons par une piste que trop d'intermittents ignorent. Le filet de sécurité, c'est bien pour amortir une chute. Mais il vaut toujours mieux éviter la chute — et la formation est l'un des leviers pour y parvenir.
Pourquoi ? Parce que les heures de formation ne sont pas perdues pour vos droits. Les périodes de formation non rémunérées par l'assurance chômage sont assimilées à des heures de travail, dans la limite des deux tiers de la condition d'affiliation : 226 heures pour la clause de rattrapage1, et jusqu'à 120 heures d'enseignement pour le calcul de l'APS2. Sur une année creuse, ces heures peuvent faire la différence entre atteindre le seuil et basculer dans le filet.
Attention à ne pas inverser la logique : on ne se forme pas uniquement pour gratter des heures. On se forme d'abord pour élargir son métier, décrocher plus de contrats et donc réunir plus facilement ses 507 heures « pour de vrai ». L'effet sur le décompte est un bonus, pas l'objectif. Et selon votre situation, l'assimilation peut être limitée ; vérifiez toujours votre cas avec un conseiller.
La formation des intermittents passe par l'AFDAS
Bonne nouvelle : la formation professionnelle des intermittents est prise en charge par l'AFDAS, l'opérateur de compétences de la culture, des médias et du spectacle. Cette prise en charge est indépendante de votre situation devant France Travail — vous pouvez donc vous former même dans une période où vos heures spectacle sont faibles. Les conditions d'accès et les barèmes exacts se vérifient directement auprès de l'AFDAS, qui les met à jour chaque année.
Notre accompagnement
Chez Artiste Formation, organisme certifié Qualiopi, nous concevons des parcours pensés pour les artistes et techniciens du spectacle et de la musique, finançables par l'AFDAS. Se former, c'est d'abord investir dans votre métier pour multiplier vos engagements — et, dans certaines situations, apporter des heures qui pèsent au moment du réexamen de vos droits. Une manière active de renforcer votre propre filet, plutôt que d'attendre d'y tomber.
Un dernier conseil, valable pour tout cet article : le régime spectacle est mouvant et les cas particuliers sont nombreux. Servez-vous de ce guide pour comprendre la logique, mais confrontez toujours votre situation précise à un conseiller France Travail spécialisé spectacle et à l'AFDAS. Ce sont eux qui valident, au cas par cas, ce à quoi vous avez droit.
- À la date anniversaire, ouvrez et lisez chaque notification de France Travail sans attendre
- Repérez le nombre d'heures retenu : entre 338 et 506 h, la clause de rattrapage est en jeu
- Répondez à la notification de rejet dans les 30 jours, par courrier ou courriel, même en cas de doute
- Vérifiez votre ancienneté : 5 ouvertures de droits ou 2 535 heures sur 10 ans pour la clause
- Rappelez-vous que ne pas demander la clause fait aussi perdre l'APS et l'AFD
- Si la clause n'est pas accessible, laissez France Travail examiner l'APS puis l'AFD
- Continuez à vous actualiser chaque mois, même sans activité
- Contactez Audiens pour un accompagnement du Fonds de professionnalisation et de solidarité
- Comptez vos heures de formation : elles peuvent compléter votre condition d'affiliation
- En cas de doute, appelez un conseiller France Travail spécialisé spectacle avant la fin du délai
Consolidez votre filet : formez-vous avec l'AFDAS
Artiste Formation, organisme certifié Qualiopi, conçoit des parcours pensés pour les artistes et techniciens du spectacle et de la musique, finançables par l'AFDAS. Développez vos compétences pour multiplier vos engagements — et, selon votre situation, apportez des heures utiles à votre prochain réexamen de droits. Parlons de votre projet.
Questions fréquentes
Je n'ai pas mes 507 heures à la date anniversaire. Je perds tout ?
Non. Le régime prévoit un filet à plusieurs étages. Si vous justifiez de 5 ans d'ancienneté et de 338 heures sur les 12 derniers mois, vous pouvez demander la clause de rattrapage : 6 mois d'indemnisation au même montant qu'avant, pour compléter vos heures. À défaut, France Travail examine l'APS (jusqu'à 12 mois, calculée comme l'ARE) puis l'AFD (30 € par jour). Vous ne tombez pas dans le vide dès la première heure manquante.
Quelle différence entre l'APS et l'AFD ?
L'APS (allocation de professionnalisation et de solidarité) reprend le calcul de votre ARE spectacle à partir de vos salaires et de vos heures : son montant peut donc être proche de votre allocation habituelle, pour une durée allant jusqu'à 12 mois. L'AFD (allocation de fin de droits) est un forfait de dernier recours, fixé à 30 € nets par jour, versé de 61 à 182 jours selon votre ancienneté. France Travail examine toujours l'APS avant l'AFD.
J'ai reçu un courrier de rejet ARE. C'est fini pour cette année ?
Surtout pas. Ce courrier ouvre en réalité un compte à rebours. Si le nombre d'heures retenu est entre 338 et 506, il vous informe que la clause de rattrapage est possible : vous avez alors 30 jours à compter de l'envoi pour la demander par écrit. Laisser passer ce délai, quand on y était éligible, fait perdre la clause mais aussi l'APS et l'AFD. Répondez toujours dans les temps.
La clause de rattrapage, est-ce que ça change mon montant d'allocation ?
Non, c'est justement son intérêt : pendant la clause de rattrapage, vous percevez une ARE de rattrapage égale au montant de votre dernière allocation journalière. Vous gardez donc le même niveau d'indemnisation pendant 6 mois maximum, le temps de compléter vos heures. Attention toutefois : une fois notifiée, la clause est irrévocable, et une petite franchise de deux jours par mois s'applique.
Combien de fois puis-je toucher l'AFD ?
Le nombre d'ouvertures de droit à l'AFD est limité selon votre ancienneté dans le régime : une seule fois si vous avez moins de 5 ans d'ancienneté, deux fois à partir de 5 ans, trois fois à partir de 10 ans. Entre deux AFD, vous devez avoir été pris en charge à l'ARE. Ce n'est donc pas une allocation dont on peut vivre durablement : c'est un filet temporaire, en attendant de retrouver des heures.
Les heures de formation comptent-elles pour rester dans le régime ?
Oui, dans certaines limites. Les formations non rémunérées par l'assurance chômage sont assimilées à des heures de travail dans la limite des deux tiers de la condition d'affiliation — soit 226 heures pour la clause de rattrapage — et l'APS retient jusqu'à 120 heures d'enseignement. Se former utilement à son métier permet donc à la fois de décrocher plus de contrats et, parfois, de consolider son décompte d'heures. Vérifiez votre cas précis avec un conseiller.
Sources
Toutes les affirmations chiffrées et juridiques de cet article renvoient à l'une des sources officielles ci-dessous, consultées et vérifiées à la date indiquée.
- Intermittents du spectacle — Guide (France Travail)France Travailhttps://www.francetravail.fr/files/live/sites/PE/files/fichiers-en-telechargement/fichiers-en-telechargement---dem/GUIDE-INTERMITTENT.pdfConsultée le 20 juillet 2026
- Indemnisation — Allocations de solidarité, intermittents du spectacle (Notice)France Travailhttps://www.francetravail.fr/files/live/sites/PE/files/fichiers-en-telechargement/Notice-intermittents-alloc-solidConsultée le 20 juillet 2026
- Allocation de solidarité — Culture et SpectacleFrance Travailhttps://cultureetspectacle.francetravail.fr/je-me-fais-accompagner/allocation-de-solidariteConsultée le 20 juillet 2026
- Fonds de professionnalisation et de solidarité des artistes et techniciens du spectacleFrance Travailhttps://www.francetravail.fr/spectacle/actualites-spectacle-2/fonds-de-professionnalisation-et.htmlConsultée le 20 juillet 2026
- Article D5424-51 du code du travailLégifrancehttps://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000034763556Consultée le 20 juillet 2026
- Code du travail, sous-section « Allocation de professionnalisation et de solidarité et allocation de fin de droits » (art. D5424-50 à D5424-61)Légifrancehttps://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006072050/LEGISCTA000018496522/2021-03-29Consultée le 20 juillet 2026
- Article D5424-58 du code du travailLégifrancehttps://code.travail.gouv.fr/code-du-travail/d5424-58Consultée le 20 juillet 2026
- Le complément de fin de droits (CFD)Unédichttps://www.unedic.org/la-reglementation/fiches-thematiques/le-complement-de-fin-de-droitsConsultée le 20 juillet 2026
Information générale à jour à la date de vérification indiquée en haut de l'article. Ne constitue pas un conseil juridique personnalisé : votre situation peut appeler une réponse différente.



