Vous ouvrez vos droits, ou vous venez de recevoir un premier versement, et le montant vous paraît sorti d'un chapeau. C'est normal : le calcul de l'allocation journalière des intermittents ne ressemble à aucun autre. Il ne s'agit pas d'un simple pourcentage de votre salaire.
La bonne nouvelle : la formule est publique, elle tient sur trois lignes, et une fois qu'on sait ce que représentent les lettres, vous pouvez estimer votre allocation vous-même. La moins bonne : entre le brut et ce qui arrive sur le compte, plusieurs mécanismes s'intercalent (franchises, différé, cumul avec les cachets).
Dans cet article, vous allez comprendre d'où vient chaque euro. On reprend la formule officielle, on la fait tourner sur deux cas concrets, et on distingue soigneusement ce que dit le règlement de ce que vous croyez savoir.
Sommaire de l'article
- Deux annexes, deux mondes : êtes-vous 8 ou 10 ?
- La porte d'entrée : 507 heures sur 12 mois
- Les trois ingrédients du calcul
- La formule officielle : AJ = A + B + C
- Deux exemples chiffrés, de bout en bout
- Avant le premier euro : franchises et délai d'attente
- Cumuler cachets et allocation : combien de jours payés ?
- Du brut au net : les retenues sociales
- Un an de droits : la date anniversaire
- Ce qui bouge en 2026, et l'étape d'après
01Deux annexes, deux mondes : êtes-vous annexe 8 ou annexe 10 ?
Avant de sortir la moindre calculatrice, il faut savoir à quelle règle vous appartenez. Le régime d'assurance chômage du spectacle n'est pas un bloc unique : il se décline en deux textes distincts, l'annexe 8 et l'annexe 10, tous deux annexés au règlement général de la convention d'assurance chômage du 15 novembre 2024.1
La règle est simple :
- Vous êtes ouvrier ou technicien du spectacle (régisseur, machiniste, ingénieur du son, monteur, électricien plateau...) : vous relevez de l'annexe 8.1
- Vous êtes artiste du spectacle (comédien, musicien, danseur, chanteur, circassien...) : vous relevez de l'annexe 10.2
Ce n'est pas un détail administratif. Les deux annexes partagent la même architecture, mais elles n'utilisent pas les mêmes coefficients, et surtout pas le même montant plancher. À situation égale, un artiste et un technicien n'obtiennent pas la même allocation. On le verra chiffres à l'appui.
Pourquoi deux textes plutôt qu'un ? Parce que la loi elle-même prévoit un traitement à part pour le spectacle. Le code du travail autorise des règles d'indemnisation spécifiques, financées notamment par une contribution particulière des employeurs et des salariés du secteur.8 C'est ce cadre légal qui rend possible tout ce que décrit cet article.
Technicien = annexe 8. Artiste = annexe 10. Ce classement dicte vos coefficients de calcul et votre montant minimum. Vérifiez-le sur vos notifications France Travail : il y est indiqué.
Un mot de vocabulaire pour la suite. On parle d'allocation journalière (AJ) : le régime raisonne en euros par jour, pas en euros par mois. Le montant mensuel que vous touchez, c'est cette AJ multipliée par un nombre de jours indemnisés qui varie chaque mois selon ce que vous avez travaillé. On y revient en détail plus loin.
« Du fait de l'aménagement de leurs conditions d'indemnisation, l'allocation d'assurance versée aux travailleurs privés d'emploi relevant des professions de la production cinématographique, de l'audiovisuel ou du spectacle peut, en sus de la contribution des employeurs prévue au 1° de l'article L. 5422-9, être financée par une contribution spécifique à la charge des employeurs, y compris ceux mentionnés à l'article L. 5424-3 et des salariés relevant de ces professions, assise sur la rémunération brute dans la limite d'un plafond »Source : Légifrance
02La porte d'entrée : 507 heures sur 12 mois
Aucun calcul d'allocation ne démarre tant que la condition d'affiliation n'est pas remplie. C'est le fameux seuil dont tout le monde parle dans les loges.
Le règlement l'écrit noir sur blanc : il faut justifier d'une période d'affiliation d'au moins 507 heures de travail au cours des douze mois qui précèdent la fin du contrat de travail.1 France Travail reprend exactement le même seuil : au moins 507 heures de travail ou d'heures assimilées sur les 12 mois précédant la fin de contrat.5
Trois précisions qui comptent :
- Les 507 heures se cherchent uniquement dans le champ du spectacle, c'est-à-dire au titre de l'annexe 8 ou de l'annexe 10. Un job hors secteur ne compte pas pour ce seuil.1
- Certaines heures de formation peuvent être assimilées à du travail, dans une limite fixée par le règlement (au maximum les deux tiers du nombre d'heures exigé).1 C'est un point souvent décisif en fin d'année.
- La fenêtre de 12 mois peut être allongée dans certains cas (maladie, maternité, accident du travail, etc.), ce qui donne mécaniquement plus de temps pour réunir les heures.1
Retenez la logique : la condition d'affiliation, c'est le portillon. Le calcul de l'AJ, c'est ce qui se passe une fois passé le portillon. Beaucoup d'intermittents confondent les deux et croient que "plus d'heures = plus d'allocation" de façon linéaire. C'est en partie vrai, mais pas de la manière qu'on imagine, comme la formule va le montrer.
507 heures sur 12 mois, uniquement dans le spectacle : c'est la condition pour ouvrir des droits, pas la formule qui fixe leur montant. Deux choses différentes.
« Les salariés privés d'emploi doivent justifier d'une période d'affiliation d'au moins 507 heures de travail au cours des douze mois qui précèdent la fin du contrat de travail, sous réserve de l'application des b), d) et e) du §1er de l'article 9. »Source : Unédic
03Les trois ingrédients du calcul
La formule officielle repose sur trois données qui vous concernent, et une valeur fixe commune à tout le monde. Avant de les assembler, on les pose une par une.
1. Le salaire de référence (SR)
C'est la somme de vos rémunérations qui sont entrées dans l'assiette des cotisations chômage, sur la période de référence retenue pour l'ouverture de droits.1 En clair : ce que vous avez gagné, brut, au titre de vos contrats du spectacle, sur les 12 mois pris en compte.
Attention, certaines sommes sont exclues du salaire de référence : les indemnités de rupture, les indemnités compensatrices de congés payés, les indemnités de préavis. Ce ne sont pas des salaires "afférents" à la période travaillée, donc elles ne gonflent pas votre SR.1
2. Le nombre d'heures travaillées (NHT)
Ce sont les heures réellement travaillées prises en compte sur la période. La formule les traite en deux tranches, avec un coefficient plus fort sur les premières heures, puis un coefficient réduit au-delà d'un seuil. On y vient.
3. L'allocation journalière minimale (AJ minimale)
C'est une valeur de référence fixe, la même pour l'annexe 8 et l'annexe 10, qui sert de multiplicateur dans la formule. Le règlement la fixe à 31,96 euros.2 Les paramètres utiles de l'Unédic pour 2026 confirment cette valeur : allocation journalière minimale 31,96 euros.3
Ne confondez pas cette "AJ minimale" (un ingrédient de calcul) avec le montant plancher réellement versé, qui est plus élevé. Le plancher, c'est le point de la section suivante.
Et le plancher, justement
Quel que soit le résultat de la formule, votre allocation ne peut pas descendre en dessous d'un montant garanti :
France Travail affiche les mêmes deux valeurs : minimum 38 euros pour les techniciens (annexe 8), 44 euros pour les artistes (annexe 10).4 À l'autre bout, il existe aussi un plafond, dont on parle après la formule.
04La formule officielle : AJ = A + B + C
Voici le cœur du sujet. L'allocation journalière brute est la somme de trois blocs :
AJ = A + B + C
Chacun mesure quelque chose de différent : A récompense votre salaire, B récompense vos heures, C est une partie fixe. Regardons annexe par annexe, car les coefficients diffèrent.
Pour un technicien (annexe 8)
| Bloc | Formule exacte (annexe 8) |
|---|---|
| A (salaire) | [AJ minimale x (0,42 x SR jusqu'à 14 400 EUR + 0,05 x SR au-delà)] : 5 000 |
| B (heures) | [AJ minimale x (0,26 x NHT jusqu'à 720 h + 0,08 x NHT au-delà)] : 507 |
| C (partie fixe) | AJ minimale x 0,40 = 12,78 EUR |
Ces coefficients (0,42 / 0,05, 720 heures, 0,40) sont ceux écrits à l'article 14 de l'annexe 8.1 La partie fixe C vaut 0,40 x 31,96 = 12,78 euros, valeur reprise telle quelle dans les paramètres de l'Unédic.3
Pour un artiste (annexe 10)
| Bloc | Formule exacte (annexe 10) |
|---|---|
| A (salaire) | [AJ minimale x (0,36 x SR jusqu'à 13 700 EUR + 0,05 x SR au-delà)] : 5 000 |
| B (heures) | [AJ minimale x (0,26 x NHT jusqu'à 690 h + 0,08 x NHT au-delà)] : 507 |
| C (partie fixe) | AJ minimale x 0,70 = 22,37 EUR |
Côté artiste, les seuils changent (13 700 euros au lieu de 14 400, 690 heures au lieu de 720) et surtout la partie fixe C est nettement plus généreuse : 0,70 x 31,96 = 22,37 euros, contre 12,78 pour les techniciens.23 C'est la principale raison pour laquelle, à salaire et heures identiques, un artiste perçoit une AJ plus élevée qu'un technicien.
Comment lire la formule
Le principe est le même dans les deux cas. Le bloc A prend votre salaire, applique un fort coefficient sur la première tranche puis un coefficient plus faible au-delà d'un plafond de tranche, et divise par 5 000. Le bloc B fait pareil avec vos heures, divise par 507 (les fameuses 507 heures). Le bloc C ajoute une somme fixe. C'est un système volontairement dégressif : plus vous gagnez et travaillez, plus votre allocation monte, mais de moins en moins vite.
A = votre salaire, B = vos heures, C = une partie fixe. Les coefficients ne sont pas les mêmes pour un artiste et un technicien, et la partie fixe C est presque deux fois plus grosse côté artiste.
Le plafond, à l'autre bout
L'allocation ne peut pas monter indéfiniment. Elle est plafonnée à 34,4 % de 1/365e du plafond annuel des contributions.1 En valeur 2026, cela représente une AJ maximale de 181,18 euros par jour pour les annexes 8 et 10.3 Peu d'intermittents l'atteignent, mais il existe.
« AJ = A + B + C A = [AJ minimale x (0,36 x SR ou SAR (jusqu'à 13 700 EUR) + 0,05 x SR ou SAR (au-delà de 13 700 EUR)] : 5 000 B = [AJ minimale x (0,26 x NHT (jusqu'à 690 heures) + 0,08 x NHT (au-delà de 690 heures)] : 507 C = AJ minimale x 0,70 »Source : Unédic

05Deux exemples chiffrés, de bout en bout
Assez de théorie. On fait tourner la formule sur deux profils réalistes. Même salaire de référence (18 000 euros bruts sur l'année), un volume d'heures typique, pour bien voir l'écart entre annexe 8 et annexe 10.
Cas 1 : Karim, technicien son (annexe 8)
Sur ses 12 mois de référence, Karim a déclaré 18 000 euros de salaire (SR) et 800 heures travaillées (NHT).
- A = [31,96 x (0,42 x 14 400 + 0,05 x 3 600)] : 5 000
= [31,96 x (6 048 + 180)] : 5 000 = [31,96 x 6 228] : 5 000 = 39,81 EUR - B = [31,96 x (0,26 x 720 + 0,08 x 80)] : 507
= [31,96 x (187,2 + 6,4)] : 507 = [31,96 x 193,6] : 507 = 12,20 EUR - C = 31,96 x 0,40 = 12,78 EUR
AJ = 39,81 + 12,20 + 12,78 = 64,79 euros bruts par jour.
C'est cohérent avec l'ordre de grandeur donné par France Travail, qui cite l'exemple d'un technicien ayant travaillé 800 heures et perçu 18 000 euros, pour une allocation d'environ 65 euros par jour.4 On tombe pile dessus.
Cas 2 : Léa, comédienne (annexe 10)
Même salaire de référence (18 000 euros), un peu moins d'heures car les cachets d'artiste sont convertis différemment : 700 heures (NHT).
- A = [31,96 x (0,36 x 13 700 + 0,05 x 4 300)] : 5 000
= [31,96 x (4 932 + 215)] : 5 000 = [31,96 x 5 147] : 5 000 = 32,90 EUR - B = [31,96 x (0,26 x 690 + 0,08 x 10)] : 507
= [31,96 x (179,4 + 0,8)] : 507 = [31,96 x 180,2] : 507 = 11,36 EUR - C = 31,96 x 0,70 = 22,37 EUR
AJ = 32,90 + 11,36 + 22,37 = 66,63 euros bruts par jour.
Ce que l'écart raconte
| Karim (annexe 8) | Léa (annexe 10) | |
|---|---|---|
| Salaire de référence | 18 000 EUR | 18 000 EUR |
| Heures (NHT) | 800 h | 700 h |
| Bloc A (salaire) | 39,81 EUR | 32,90 EUR |
| Bloc B (heures) | 12,20 EUR | 11,36 EUR |
| Bloc C (fixe) | 12,78 EUR | 22,37 EUR |
| AJ brute | 64,79 EUR | 66,63 EUR |
| Plancher garanti | 38 EUR | 44 EUR |
Les deux dépassent largement leur plancher, donc la formule s'applique en plein. On voit le mécanisme : Karim, avec plus d'heures et une première tranche de salaire mieux coefficientée, a un A et un B supérieurs. Mais la partie fixe C de Léa, presque deux fois plus élevée, renverse la tendance. C'est le système qui veut ça : il compense la plus grande précarité structurelle des artistes.
À salaire identique, l'artiste part avec un handicap sur A et B mais une avance nette sur C. Résultat : les AJ finissent proches, souvent à l'avantage de l'annexe 10.
Ces montants sont bruts. Ce n'est pas ce qui atterrit sur le compte : il faut encore retirer les retenues sociales (section 8) et savoir combien de jours seront payés chaque mois (section 7).
06Avant le premier euro : franchises, différé, délai d'attente
Vous avez calculé votre AJ. Bonne nouvelle. Mauvaise nouvelle : elle ne commence pas à couler le lendemain de votre inscription. Plusieurs délais s'empilent avant le premier versement. C'est la cause numéro un des "je ne comprends pas pourquoi je n'ai rien touché ce mois-ci".
1. Le délai d'attente
Le règlement est laconique : la prise en charge est reportée au terme d'un délai d'attente de sept jours.1 Il s'applique à chaque ouverture de droits ou réadmission, dans la limite de sept jours sur une même période de douze mois.1
2. La franchise congés payés
Elle correspond aux congés payés que vous avez acquis. Elle se calcule à raison de 2,5 jours de congés par période de 24 jours travaillés, dans la limite de 30 jours.1 Concrètement, plus vous avez travaillé, plus cette franchise est longue, car vous avez acquis davantage de congés.
3. La franchise salaires
Une seconde franchise dépend du montant des salaires perçus sur la période de référence, du salaire journalier moyen et du SMIC.1 Elle module encore le point de départ de l'indemnisation en fonction de ce que vous avez gagné.
4. Le différé spécifique
Si votre fin de contrat s'est accompagnée d'indemnités de rupture supérieures au minimum légal, un différé s'ajoute. Il correspond au nombre de jours obtenu en divisant ces sommes par le salaire journalier moyen, et il est plafonné à 75 jours.1
Ces délais se déclenchent dans un ordre précis fixé par le règlement : d'abord le différé spécifique, puis le délai d'attente, puis la franchise congés payés, puis la franchise salaires.2 Ils courent en général à compter du lendemain de la fin de contrat.2
Entre votre fin de contrat et le premier versement, il peut s'écouler plusieurs semaines. Ce n'est pas un bug : ce sont le délai d'attente (7 jours), la franchise congés payés (jusqu'à 30 jours) et, le cas échéant, un différé. Anticipez cette période sans revenu.
07Cumuler cachets et allocation : combien de jours payés par mois ?
Voici le point le plus mal compris du régime. Votre AJ n'est pas versée 30 jours par mois. Le nombre de jours indemnisés dépend de ce que vous avez travaillé dans le mois. Plus vous bossez, moins vous touchez de jours d'allocation, mais votre revenu total, lui, monte.
Le calcul du nombre de jours indemnisables
Le règlement transforme d'abord vos heures en jours de travail, puis retranche ces jours (affectés d'un coefficient) du nombre de jours du mois :
- Annexe 8 (technicien) : jours de travail = heures : 8. Jours indemnisables = jours calendaires du mois - (jours de travail x 1,4).1
- Annexe 10 (artiste) : jours de travail = heures : 10. Jours indemnisables = jours calendaires du mois - (jours de travail x 1,3).2
Exemple : le mois de Karim
Sur un mois de 30 jours, Karim (annexe 8, AJ = 64,79 euros) travaille 96 heures.
- Jours de travail = 96 : 8 = 12 jours
- Jours indemnisables = 30 - (12 x 1,4) = 30 - 16,8 = 13,2 jours
- Allocation du mois = 13,2 x 64,79 = environ 855 euros, qui s'ajoutent à ses salaires du mois.
Il touche donc à la fois ses cachets techniques et ces 855 euros environ. C'est tout l'intérêt du régime : il complète un revenu d'activité morcelé.
Le plafond de cumul, et l'arrêt total
Le cumul salaires + allocations d'un mois est plafonné à 1,18 fois le plafond mensuel de la sécurité sociale.2 Le plafond mensuel 2026 étant de 4 005 euros,3 ce plafond de cumul s'établit à environ 4 725,90 euros. Au-delà, l'allocation du mois est écrêtée.
Et si vous travaillez presque tout le mois, il n'y a plus rien à verser. Le règlement le dit : en cas d'activité au moins égale à 27 jours de travail par mois pour un artiste (26 jours pour un technicien), aucune indemnisation n'est servie ce mois-là.2
Un mois sans allocation n'est pas forcément un mois de radiation : c'est souvent un mois où vous avez trop travaillé pour déclencher des jours indemnisables. Vos heures, elles, continuent de compter pour vos droits.
« En cas d'exercice d'une activité au moins égale à 27 jours de travail par mois calendaire, déterminés en fonction du nombre d'heures de travail effectuées à raison de dix heures par jour, aucune indemnisation n'est servie. »Source : Unédic

08Du brut au net : les retenues sociales
Toutes les AJ dont on a parlé sont des montants bruts. Sur l'allocation versée, plusieurs prélèvements sont appliqués. Ils sont modestes comparés à une fiche de paie, mais ils existent.
La retraite complémentaire
C'est la retenue la plus spécifique aux annexes 8 et 10. Une participation de 0,93 % assise sur le salaire journalier moyen est retenue sur l'allocation, et son produit finance la retraite complémentaire des allocataires.2 Les paramètres de l'Unédic confirment ce taux de 0,93 % pour les allocataires des annexes 8 et 10.3 Ce prélèvement ne peut pas faire descendre votre allocation sous l'AJ minimale.2
CSG et CRDS
Comme sur toutes les allocations chômage, s'appliquent :
Ces deux contributions ne sont pas dues si votre revenu fiscal de référence est inférieur à un certain barème, variable selon le nombre de personnes à charge.3 Il existe également un seuil d'exonération en dessous duquel elles ne sont pas prélevées.3
| Prélèvement | Taux | Assiette |
|---|---|---|
| Retraite complémentaire | 0,93 % | Salaire journalier moyen |
| CSG | 6,2 % (ou 3,8 %) | Allocation |
| CRDS | 0,5 % | Allocation |
En pratique, l'écart entre le brut et le net reste limité pour la plupart des intermittents. Pour Léa (AJ brute 66,63 euros), l'allocation nette reste très proche du brut une fois ces taux appliqués. Le vrai facteur de variation de votre revenu mensuel, c'est le nombre de jours indemnisés vu à la section précédente, bien plus que ces retenues.
09Un an de droits : la date anniversaire et le réexamen
Le régime du spectacle a une particularité forte : vos droits ne sont pas ouverts "jusqu'à épuisement" comme dans le régime général. Ils sont ouverts pour un an, puis réexaminés.
Comment fonctionne la date anniversaire
La date de fin de contrat retenue pour l'ouverture de droits fixe une date anniversaire, douze mois plus tard. Votre allocation vous est servie jusqu'à cette date anniversaire.1 L'Unédic résume : la dernière date de contrat sert de date anniversaire qui détermine l'expiration des droits, et l'intermittent qui atteint le seuil de 507 heures bénéficie d'un an de droits potentiels à compter de cette date.6
Le réexamen : la réadmission
À l'approche de la date anniversaire, France Travail regarde si vous avez de nouveau réuni 507 heures sur la période écoulée. Si oui, une nouvelle période d'indemnisation, appelée réadmission, s'ouvre, avec une AJ recalculée sur vos nouveaux salaires et heures.1 Ce rendez-vous annuel est le moment clé de votre statut : c'est là que tout se rejoue.
Pourquoi c'est central pour votre calcul
Cela veut dire que votre AJ n'est pas figée à vie. Chaque année, vous repartez d'une nouvelle photo de vos 12 derniers mois. Une bonne année (beaucoup d'heures, de bons salaires) tire votre AJ vers le haut pour l'année suivante. Une année creuse la tire vers le bas, avec toujours le plancher (38 ou 44 euros) comme filet.
Vos droits durent un an, pas plus, pas moins. Surveillez votre date anniversaire et votre compteur d'heures : c'est à ce moment précis que se recalcule votre allocation pour l'année à venir.
Ce réexamen annuel mérite un article à lui seul, tant les cas particuliers sont nombreux (activité le jour de la date anniversaire, clause de rattrapage, allongements de période). On y consacre un guide dédié.
10Ce qui bouge en 2026, et l'étape d'après
Deux mises à jour importantes pour vérifier vos calculs à la date où vous lisez cet article.
Pas de revalorisation au 1er juillet 2026
Chaque année, l'Unédic peut revaloriser les allocations au 1er juillet. Pour 2026, ce n'est pas le cas. Réunis le 30 juin 2026, les administrateurs de l'Unédic n'ont pas dégagé de majorité pour revaloriser les allocations chômage au 1er juillet 2026.7 Concrètement, les valeurs de référence que vous avez utilisées ici (AJ minimale de 31,96 euros, planchers de 38 et 44 euros) restent celles en vigueur.
La convention en cours
Le cadre applicable reste la convention d'assurance chômage du 15 novembre 2024 et ses annexes 8 et 10, entrées en vigueur pour quatre ans.1 Tant que cette convention court, la formule AJ = A + B + C et ses coefficients ne changent pas. Vérifiez néanmoins toujours la dernière version des paramètres de l'Unédic avant un calcul important : les valeurs monétaires, elles, peuvent évoluer d'une année sur l'autre.
Un simulateur ne remplace pas la compréhension
France Travail met à disposition un simulateur pour une estimation personnalisée.4 Il est utile, mais il vous donne un résultat sans vous dire d'où il vient. Or ce sont les leviers derrière la formule (vos heures, votre salaire de référence, votre annexe) que vous pouvez, eux, influencer.
Un levier souvent oublié : la formation
Vous l'avez lu à la section 2 : certaines heures de formation peuvent être assimilées à des heures de travail pour atteindre les 507 heures, dans une limite fixée par le règlement.1 Autrement dit, se former n'est pas seulement monter en compétences : dans certaines situations, cela peut aussi aider à sécuriser votre statut à l'approche de la date anniversaire.
C'est précisément là que se joue une stratégie d'intermittent : anticiper son compteur d'heures, choisir ses formations au bon moment, et les financer sans puiser dans sa trésorerie. Les formations aux métiers du spectacle et de la musique sont finançables par l'AFDAS, l'organisme dédié au secteur. C'est le prolongement naturel de tout ce que vous venez de lire : maîtriser le calcul de son allocation, c'est aussi savoir quand et comment se former pour la consolider.
- Vérifiez votre annexe : technicien = annexe 8, artiste = annexe 10.
- Assurez-vous d'avoir 507 heures dans le spectacle sur les 12 mois avant la fin de contrat.
- Additionnez votre salaire de référence (SR) brut soumis à cotisations, hors indemnités de rupture.
- Comptez votre nombre d'heures travaillées (NHT) sur la période.
- Appliquez la formule AJ = A + B + C avec les coefficients de votre annexe.
- Comparez le résultat au plancher : 38 EUR (annexe 8) ou 44 EUR (annexe 10).
- Anticipez le délai d'attente (7 jours) et les franchises avant le premier versement.
- Chaque mois, calculez vos jours indemnisables selon vos heures travaillées.
- Notez votre date anniversaire : c'est là que votre AJ sera recalculée.
Consolidez votre statut par la formation
Comprendre son allocation, c'est la première étape. La suivante : se former au bon moment pour sécuriser ses heures et monter en compétences. Artiste Formation, organisme certifié Qualiopi spécialisé dans le spectacle et la musique, propose des parcours finançables par l'AFDAS. Parlons de votre projet.
Questions fréquentes
Pourquoi mon allocation est-elle différente de celle d'un collègue qui gagne pareil ?
Parce que le calcul ne dépend pas que du salaire. Il combine votre salaire de référence (bloc A), votre nombre d'heures (bloc B) et une partie fixe (bloc C) qui n'est pas la même selon que vous relevez de l'annexe 8 ou de l'annexe 10. Un artiste et un technicien à salaire identique n'ont pas les mêmes coefficients ni la même partie fixe, donc pas la même AJ.
J'ai travaillé tout le mois et je n'ai rien touché, est-ce normal ?
Oui, cela peut être parfaitement normal. Le nombre de jours indemnisés dépend de vos heures travaillées : plus vous travaillez, moins il reste de jours indemnisables. Au-delà de 27 jours de travail dans le mois pour un artiste (26 pour un technicien), aucune allocation n'est versée ce mois-là. Vos heures, elles, continuent de compter pour vos droits.
Est-ce que mes indemnités de fin de contrat comptent dans le salaire de référence ?
Non. Les indemnités de rupture, les indemnités compensatrices de congés payés et de préavis sont exclues du salaire de référence. Seules les rémunérations afférentes à la période travaillée et soumises à cotisations chômage entrent dans le calcul de votre AJ.
Combien de temps entre ma fin de contrat et le premier versement ?
Cela varie. S'appliquent, dans l'ordre, un éventuel différé spécifique (jusqu'à 75 jours si vous avez touché des indemnités de rupture supérieures au minimum légal), un délai d'attente de 7 jours, puis la franchise congés payés (jusqu'à 30 jours) et la franchise salaires. Il faut souvent prévoir plusieurs semaines sans versement.
Mon allocation va-t-elle augmenter en 2026 ?
Non pour cette année. Les administrateurs de l'Unédic, réunis le 30 juin 2026, n'ont pas revalorisé les allocations au 1er juillet 2026. Les valeurs de référence (AJ minimale de 31,96 euros, planchers de 38 et 44 euros) restent inchangées.
Les heures de formation comptent-elles pour mes 507 heures ?
Oui, en partie. Certaines actions de formation peuvent être assimilées à des heures de travail pour atteindre le seuil d'affiliation, dans une limite fixée par le règlement (au maximum les deux tiers du nombre d'heures exigé). C'est un levier utile à l'approche de la date anniversaire, à vérifier avec votre agence pour votre situation.
Sources
Toutes les affirmations chiffrées et juridiques de cet article renvoient à l'une des sources officielles ci-dessous, consultées et vérifiées à la date indiquée.
- Annexe VIII du 15 novembre 2024 (règlement général annexé à la convention d'assurance chômage)Unédichttps://www.unedic.org/ged/documents/regulatory_texts/pdf/TXT-ANX-RG-Annexe_8_2024.pdfConsultée le 20 juillet 2026
- Annexe X du 15 novembre 2024 (règlement général annexé à la convention d'assurance chômage)Unédichttps://www.unedic.org/ged/documents/regulatory_texts/pdf/TXT-ANX-RG-Annexe_10_2024.pdfConsultée le 20 juillet 2026
- Assurance chômage - Paramètres utiles - Janvier 2026Unédichttps://www.unedic.org/storage/uploads/2026/01/27/unedic_parametres_utiles_janvier2026_vf_uid_6978f8f8f058c.pdfConsultée le 20 juillet 2026
- Montant de l'allocation - Culture et SpectacleFrance Travailhttps://cultureetspectacle.francetravail.fr/je-me-fais-accompagner/montant-de-l-allocationConsultée le 20 juillet 2026
- Je souhaite bénéficier du régime d'intermittent du spectacleFrance Travailhttps://www.francetravail.fr/spectacle/spectacle--intermittents/beneficier-regime-spectacle.htmlConsultée le 20 juillet 2026
- L'indemnisation des intermittents du spectacle par l'Assurance chômageUnédichttps://www.unedic.org/publications/lindemnisation-des-intermittents-du-spectacle-par-lassurance-chomageConsultée le 20 juillet 2026
- Allocations d'assurance chômage : pas de revalorisation au 1er juillet 2026Unédichttps://www.unedic.org/actualites/allocations-dassurance-chomage-pas-de-revalorisation-au-1er-juillet-2026Consultée le 20 juillet 2026
- Article L5424-20 du code du travailLégifrancehttps://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000031073532Consultée le 20 juillet 2026
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